Les Samaritains fêtent Pessah dans la plus pure tradition juive!

Publié le : 12 avril 2009
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Ils se considèrent comme les descendants des tribus d’Israël de l’ancienne Samarie et sacrifient à des rites vieux
de plus de trois mille ans. Reportage.

Jeudi, sur le mont Gerizim. Les fidèles font cuire à la broche, sur un brasier creusé dans la terre, les moutons sacrifiés par le grand prêtre.

SUR LE MONT Gerizim, au-dessus de Naplouse, la fête de la Pâque est célébrée chaque année par l’une des plus
anciennes et des plus petites communautés religieuses du monde. Les Samaritains, descendants d’une branche presque éteinte de l’ancien monde hébraïque, continuent de fêter la sortie d’Égypte
des Hébreux selon des rites vieux de trois mille ans.

Leur temple construit au centre du village perché au sommet de leur montagne sacrée ressemble à un terrain de
jeux entouré de grillages, pavé et éclairé par des lampadaires. Vêtus de blanc, combinaisons ou pantalons rentrés dans des bottes en plastique, les hommes s’alignent le long d’un fossé,
psalmodiant en hébreu ancien. Coiffés d’un fez rouge, ils tiennent coincés entre leurs genoux des béliers effrayés, à juste titre compte tenu de ce qui va suivre.

Le grand prêtre, vêtu d’une robe bleu ciel, s’avance lentement dans la foule en s’appuyant sur un bâton doré.
Les chants s’accélèrent, jusqu’à ce que sortent des lames effilées comme des rasoirs. Le silence se fait pendant quelques secondes, alors que les gorges des moutons sont tranchées d’un seul
coup de couteau. Le sang gicle. Tout le monde s’embrasse, trempe des bouquets de sauge dans les flaques de sang. Les hommes se marquent mutuellement le front d’un doigt sanglant.

 

Ils ne sont plus que 738

« Nous fêtons la libération du peuple d’Israël du joug égyptien », explique Yossef Cohen, le frère du
grand prêtre. « Nous sommes les seuls à faire ce sacrifice dans le respect de la Torah. » Les Samaritains se considèrent comme les descendants des tribus d’Israël de l’ancienne
Samarie, aujourd’hui au nord de la Cisjordanie. Selon la tradition, ces tribus n’auraient pas été emmenées en exil par les Assyriens après la première destruction du Temple par Nabuchodonosor
en 586 avant Jésus-Christ. C’est de là que daterait leur séparation d’avec ce qui devient le judaïsme.

Leurs textes sacrés ne comprennent que le Pentateuque, les cinq premiers livres de l’Ancien Testament. Moïse est
leur unique prophète. Le mont Gerizim, leur lieu sacré, plutôt que Jérusalem. Même s’ils respectent le sabbat, et si l’État d’Israël les considère comme juifs, les rabbins, notamment les plus
orthodoxes, ne les reconnaissent pas comme tels.

Les Samaritains ne sont aujourd’hui plus que quelques centaines, 738 exactement selon Yossef Cohen. Une moitié
vit sur le mont Gerizim, et l’autre à Holon, dans la banlieue de Tel-Aviv. Rassemblées pour Pâques, ces deux communautés se parlent dans un mélange d’arabe et d’hébreu.

On distingue dans la foule un certain air de famille, et même un nombre un peu trop élevé de retardés mentaux,
signe de mariages consanguins fréquents, inévitables dans une communauté aussi réduite. Le manque de femmes a conduit les Samaritains à des mariages en dehors de leurs clans. L’appartenance à
leur religion se transmet par les hommes, à la différence de la loi judaïque.

 

Deux cartes d’identité

Pendant que l’on découpe les animaux égorgés, mettant de côté l’antérieur droit qui revient à la famille du
grand prêtre, un autre Cohen explique les déboires récents des Samaritains. « Nous avons vécu à Naplouse pendant plusieurs millénaires », dit-il, son petit couteau sanglant à la main.
« Nous ne venions sur le mont Gerizim que pour les fêtes. Avec la première intifada, dans les années 1980, nous avons commencé à quitter la ville, devenue peu sûre, pour nous installer
ici. Depuis 1998, nous vivons dans ce village sur le Gerizim. Nos synagogues de Naplouse ont fermé. » En 1995, deux de leurs rouleaux vieux de près de neuf cents ans ont été volés et n’ont
jamais été retrouvés.

Les peaux et les abats sont jetés dans un brasier, alors que les moutons sont enfilés sur des piques de bois.
Ces broches géantes sont ensuite plongées dans de grands feux allumés dans des puits de terre. Recouverts d’une bâche et de boue, les moutons vont cuire à l’étouffée pendant trois heures, avant
d’être mangés pendant le repas de fête, un animal par famille.

Vivant entre l’État d’Israël et l’Autorité palestinienne, les Samaritains possèdent généralement deux cartes
d’identité. Victimes de la méfiance et de l’hostilité des juifs comme des musulmans, ils souhaiteraient voir le mont Gerizim acquérir un statut de neutralité.

Merci à SJK pour l’article !

 

5 Réponses à Les Samaritains fêtent Pessah dans la plus pure tradition juive!

  1. joel

    12 avril 2009 a 04:04

    Pour completer l’info en images

    http://www.road90.com/watch.php?id=IZBD2bS9ul

    2 episodes

  2. Aschkel

    12 avril 2009 a 05:05

    Juste un complément d’info.

    Les 10 tribus tout au moins une  trés grande partie partent en exl sous Teglath-Phalassar III roi d’assyrie.
    La classe sacerdotale du royaume d’Israel, celle de la tribu d’Ephraim résite mieux que les autres, bien que ces elites soient déportés. pendant plus de 40 ans vpar vagues successives le reste des tribus d’Israel seront déportés et remplacées par des éléments assyriens.

    Certains israelites reviennent avec les nouveaux vnus et se fondent avec le peu qui reste des ephraimites et ce jusque sous le règne de Sargon II.

    Avec le retour des judéens quelque 200 ans plus tard une vague de rejudeisation souffle aussi sur la samarie.

    L’histoire depuis la rupture entre les 2 royaumes, c’est à dire entre les « judéens » et les « samaritains » ont été + que sulfureuses

    Pour en savoir d’avantage rois II 17-22/17-41

  3. M-rik

    12 avril 2009 a 03:07

    Je me souviens avoir lu un bouquin il y a peu sur eux… C’était un roman d’Abecassis sur « Les rouleaux de Qumran » et le type vivait dans une grotte de Qumran avec sa secte et dans le plus grand secret.. Mais pour résoudre son enquete, il avait du aller chez les samaritains qui se considèrent comme les gardiens de la traditions…

  4. Yéhoudi

    12 avril 2009 a 01:41

    Salut Joel

    Salut Jonat

    ce billet sur les Samaritains est trés intéressant

    et il est toujours plaisant de lire autre chose que les habituelles  incantations..

    JE NE CONNAIS pas SKK, mais bravo!

    amitiés a vous deux

  5. joel

    12 avril 2009 a 09:30

    Explication plausible de l’hostilité israelienne :

    Les Samaritains vivaient quasiment tous il y a une centaine d’années dans un quartier de Naplouse (l’ancienne Shechem), en Cisjordanie, en dessous du mont, sur lequel ils n’avaient pas de droits particuliers. Le roi Hussein de Jordanie acheta des terres sur le mont Garizim, qu’il remit à la communauté samaritaine. Celle-ci y construisit un village du nom de Kiryat Luza. La zone est aujourd’hui le centre de la vie spirituelle de toute la communauté. À ce titre, le grand-prêtre y réside. Pour les Samaritains, la décision de Hussein de Jordanie a donc été particulièrement importante et positive. Le village comprend des habitations, un centre communautaire, une synagogue.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Garizim

    Article vraiment interessant sur une de ces communautés qui vivent encore en vase clos .