Le déminage de la frontière turco-syrienne provoque une vive polémique en Turquie, le gouvernement turc
souhaitant attribuer cette laborieuse opération à une société israélienne tandis que l’opposition nationaliste s’y oppose avec véhémence.
Depuis deux semaines, le Parlement turc débat bruyamment d’un projet de loi du gouvernement du Parti de la
justice et du développement qui prévoit de déminer la frontière longue de 510 km entre les deux pays. La Turquie a ratifié en 2003 la Convention d’Ottawa pour l’interdiction des mines
antipersonnel et doit d’ici 2014 déminer l’ensemble de ses frontières avec ses voisins.
Quatre articles sur six seulement ont été votés par l’Assemblée, dominée pourtant par l’AKP, mais dont certains
députés ont préféré ne pas assister aux sessions, montrant ainsi leur opposition. Le projet de loi prévoit de rendre à l’agriculture les terrains déminés en les louant pour 44 ans à la société
qui aura remporté un appel d’offres public.
La zone concernée, une étroite bande de terre, représente une superficie de 176 km2, selon le ministre de la
Défense Vecdi Gvnùl, qui s’en est pris à l’opposition qui accuse le gouvernement de vouloir « vendre » une partie de la Turquie à des compagnies étrangères, en l’occurrence une entreprise
israélienne. Le projet avait été donné il y a quelques années sans adjudication à une entreprise israélienne, mais le Conseil d’Etat a annulé la procédure.
Le gouvernement n’a cette fois jamais évoqué le nom d’une compagnie israélienne mais de source parlementaire, on
souligne que parmi la dizaine de sociétés intéressées par le projet qui devrait durer cinq ans, les Israéliens seraient les mieux placés. L’état-major souhaite que l’Agence d’entretien et
d’approvisionnement (Namsa), principale agence de gestion du soutien logistique de l’Otan, soit l’unique responsable du projet, à l’exclusion de la société israélienne.
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s’est élevé lors du week-end contre les critiques de l’opposition,
affirmant que « le capital global n’a pas de religion ». « Il est facile de dire “vous vendez notre terre à Israël”, mais n’oublions pas que ce sont des Turcs qui vont travailler pour la compagnie
qui sera chargée du projet », a-t-il dit.
Erdogan semble dans cette affaire opter pour la realpolitik en période de crise financière. Il avait été
critiqué pour des prises de position jugées anti-israéliennes lors de l’offensive de l’armée israélienne contre Gaza en janvier, devenant même un héros, chez lui et dans plusieurs pays arabes,
après avoir quitté avec fracas un débat avec le président israélien Shimon Pérès, à Davos (Suisse). Or Israël est un allié stratégique d’Ankara au Proche-Orient.
La frontière turco-syrienne est parsemée de quelque 615.000 mines depuis les années 1950 et l’armée turque
hésite à se lancer dans l’opération en raison notamment de son coût, estimé à des dizaines de millions de dollars. Par ailleurs, ces mines, placées pour empêcher la contrebande et le passage
des rebelles kurdes, se sont déplacées avec les mouvements de terrain et les inondations. L’opposition craint également de froisser le voisin syrien, avec lequel Ankara entretient aujourd’hui
de bonnes relations, si une société israélienne s’installe à la frontière pour de longues années.
« Vous allez créer un deuxième Gaza », a lancé Hakki Sùha Okay, du Parti républicain du peuple (CHP) au Parlement,
lors de débats houleux. Le projet pourrait être approuvé cette semaine au Parlement avant d’être soumis à l’approbation du Président de la République.
Par Stéphane.
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