Le Maroc, c’est plus le Kif

Publié le : 4 décembre 2009
Print Friendly

Des "savonettes" de kif destinés au marché européen
Des « savonettes » de kif destinés au marché européen

Taounate, au nord de Fès : ici, l’état marocain poursuit sa campagne d’éradication du cannabis. Les cultures alternatives, elles, suivent difficilement. Une enquête de l’hebdomadaire Tel quel.

Lourdement harnachés, une trentaine d’ouvriers s’élancent dans les champs, armés de Gramoxon. Ils pulvérisent les jeunes pousses de cannabis de cet herbicide, sous le regard impuissant des villageois de Bouhouda, bourgade située à 70 kilomètres au nord de Fès. Un adjudant des forces du ministère de l’Intérieur encadre l’opération.

Premier producteur mondial de cannabis alimentant 80 % du marché européen, le Maroc a lancé en 2004 une campagne d’éradication qui a détruit la moitié des 134 000 hectares visés, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Après Larache, zone pilote aujourd’hui officiellement déclarée sans kif, c’est au tour de la province de Taounate d’être quotidiennement sillonnée par la brigade de destruction.

Cultivé depuis le XVIe siècle, le cannabis s’est propagé dans le Rif au cours des années 1980 et surtout 1990 marquées par l’explosion de la demande européenne et par de terribles sécheresses qui ont plongé les Rifains dans la famine. Selon Noureddine Hajri, militant local de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), “les autorités ont laissé faire pour apaiser la région”. Aujourd’hui, dans cette province montagneuse, économiquement marginalisée, 800 000 personnes vivent du kif qui rapporte au moins quatre fois plus que les céréales.

Mohamed n’est “jamais allé à l’école, jamais allé à la mosquée”. Il possède “trois hectares dont un consacré au cannabis” qu’il cultive depuis 1998. “Comme ça, je n’ai pas besoin d’aller travailler à l’étranger”, poursuit ce père de six enfants. Le prix à payer : “Je me sens prisonnier chez moi, j’ai peur d’être arrêté. Je n’ose même pas renouveler ma carte d’identité. Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Il n’y a rien ici.” Même sans s’adonner au trafic, les cultivateurs de cannabis encourent “entre quatre mois et un an ferme”, précise Noureddine Hajri. Il considère le cannabis comme un fléau : peur permanente des autorités, climat de délation, conflits familiaux, déscolarisation des jeunes, taux de suicide et de criminalité élevés. Sans compter la perte du savoir-faire agricole, la déforestation (environ 1 000 hectares par an), la salinisation des terres à force d’utiliser trop d’engrais. Mais, aux yeux du militant de l’AMDH, “l’état n’utilise que la force et ne s’occupe pas du social. Je ne vois aucune compensation, rien de concret. Personne ne s’occupe de ces gens.”

Au siège de la province de Taounate, les initiatives ne manquent pas pour offrir une alternative économique aux agriculteurs : dons de ruches d’abeilles, d’ovins et de caprins, distribution de 450 000 plants arboricoles, aides à la construction d’unités de séchage des figues et des prunes, partenariats avec une cinquantaine de coopératives, etc. Au total, ce sont 117 projets pour un montant de 22 millions d’euros. L’état revendique une “approche globale” qu’il est trop tôt pour évaluer. “L’olivier, le figuier… il faut attendre cinq ans pour que ça pousse”, avertit Noureddine Hajri, sceptique.

Driss, lui, ne veut pas attendre. En plus de son commerce de matériaux de construction, ce père de deux fillettes veille sur ses quatre hectares de cannabis, dispersés ça et là, à 500 mètres de la route mais bien cachés. Une récolte estimée à 60 kilos, soit 5 200 euros, une belle somme. En septembre, contrairement à la plupart des cultivateurs, il le transforme en haschisch puis le vend “à des gens”. “Les grosses quantités, ça va à l’étranger, le reste à Agadir, Marrakech, Tanger.” Il aimerait voir le kif légalisé au Maroc. “Je n’ai pas peur de la prison”, assure-t-il, avant d’ajouter : “L’éradication touche les paysans pauvres. Les autres trouvent toujours le moyen de s’en sortir.” Lui, pour l’instant, n’a pas été inquiété.

Des exemples de reconversion réussie existent. Abdelmajid cultivait du kif entre 2003 et 2007 avant de se tourner vers l’arboriculture – il est vrai qu’il avait été refroidi par une peine de prison avec sursis. Aujourd’hui, il possède 10 hectares de vignes, oliviers, figuiers, blé et petits pois et tient un commerce de matériel agricole. “Ça offre une bonne valeur ajoutée si on maîtrise les techniques de production. Le problème, c’est que les prix ne sont pas garantis, on est à la merci des intermédiaires.” “S’ils montrent leur volonté, on est là pour les aider, insiste Mohamed Toumi, directeur provincial de l’agriculture. Mais il n’y a pas de compensation au cas par cas. On ne va pas construire une unité de trituration des olives pour un seul agriculteur. A eux de s’organiser.”

Rechercher

 

Articles liés
État des lieux des vraies nations colonisatrices
On entend souvent dire qu'Israël est un état colonisateur. Qu'il a ses colonies dans les Territoires Palestiniens et qu'au final, Israël est certainement le dernier État qui agit de la sorte sur toute la planète. ...
Lire tout l'article
Un petit sourire pour la photo? Non !
Après plusieurs semaines de léthargie, Abdelaziz Bouteflika est parti en Espagne mettre encore plus à mal le statut géopolitique et les intérêts de l’Algérie pour satisfaire son ego personnel. Vestige encore vivant de la politique ...
Lire tout l'article
L’évolution du vote juif en Europe
A Londres la semaine dernière, plus de juifs que jamais se sont mobilisés pour voter, non seulement en tant que londonien, mais aussi en tant que juif. Dimanche dernier, dans toute la France, le même ...
Lire tout l'article
Les échanges commerciaux entre Israël et le Maroc passe la barre des 50 millions de dollars par an
Le journal marocain Hespress indique aujourd'hui que le montant des échanges commerciaux entre le Royaume du Maroc et l'Etat d'Israël s'élève aujourd'hui à plus de 50 millions de dollars par an. Citant un article Slate Afrique ...
Lire tout l'article
Les néo-populismes et l’islamisme à l’assaut des démocraties – et leurs alliances contre-nature
Précisons tout de suite et sans ambages que ce qui vaut pour la France vaut pour toute l’Europe au sens large, Russie comprise, mais aussi pour une bonne partie de la planète. Deux questions se posent ...
Lire tout l'article
En 2012, un « grand » intellectuel norvégien dénonce « le contrôle des médias par les Juifs »
Dans un article publié lundi dans le magazine norvégien "humaniste", le professeur Johan Galtung, fondateur de la discipline universitaire de "paix et des conflits" et lauréat du "Prix Nobel Alternatif", s'en est pris violemment au "Juifs ...
Lire tout l'article
Les militants étrangers provocateurs exploitent la tolérance d’Israël et son style de vie confortable
Pendant ma première année d'étude à l'Université Hébraïque de Jérusalem, j'ai travaillé dans un bar typique de Jérusalem - un café-pâtisserie dans la matinée, des hamburgers pour le déjeuner et beaucoup de bière pour la ...
Lire tout l'article
Le Moyen-Orient dans les années 1920
Israël est souvent désigné comme une puissance coloniale en grande partie responsable de l'instabilité au Moyen-Orient. Le problème est que cet étiquetage est une erreur totale. Contrairement aux Etats-nations en Europe, les nationalités actuelles libanaises, ...
Lire tout l'article
La Grande-Bretagne a Tony Blair. L’Espagne a Jose Maria Aznar. Et la France ? Villepin et Juppé…
Faut-il être un "ancien" premier ministre ou président pour gagner en jugeote ? A en croire Tony Blair (Grande-Bretagne) et Jose Maria Aznar (Espagne) oui. Mais la France est un pays d'exception (comme d'habitude) et ...
Lire tout l'article
Racisme dégueulasse en Suède : le gâteau de la honte !
Si vous avez passé un certain temps sur l'Internet hier, vous l'avez probablement déjà vu - la photo de la Ministre suédoise de la Culture, Lena Adelshon Liljeroth, en train de rire aux éclats tout ...
Lire tout l'article
État des lieux des vraies nations colonisatrices
Bouteflika ruine l’Algérie pour amoindrir le Maroc
L’évolution du vote juif en Europe
Les échanges commerciaux entre Israël et le Maroc passe la barre des 50 millions de dollars par an
Les néo-populismes et l’islamisme à l’assaut des démocraties – et leurs alliances contre-nature
En 2012, un « grand » intellectuel norvégien dénonce « le contrôle des médias par les Juifs »
Les militants étrangers provocateurs exploitent la tolérance d’Israël et son style de vie confortable
L’héritage du colonialisme européen
La Grande-Bretagne a Tony Blair. L’Espagne a Jose Maria Aznar. Et la France ? Villepin et Juppé…
Racisme dégueulasse en Suède : le gâteau de la honte !

5 Réponses à Le Maroc, c’est plus le Kif

  1. jacqueline Répondre

    7 décembre 2009 a 19:53

    bah non , c ‘est pas le kif !! j ‘ espère que les Francais boycoterons tous les pays du magrheb…

  2. Arik Répondre

    7 décembre 2009 a 21:21

    כל הכבוד

  3. Yéhoudi Répondre

    7 décembre 2009 a 21:56

    Kol Hakavod Manu

  4. Victor Répondre

    7 décembre 2009 a 22:43

    Tu as raison , Emmanuel , moi aussi mon Kif , je le prends en ISRAEL , mes sous je les dépense en ISRAEL , mème si les hotels de Tel- Aviv sont plus chers qu’ à Agadir ou Marrakech, je préfère dépenser mon argent chez mes frères israéliens ,et surement pas au Maroc ou en Tunisie .

  5. jacqueline Répondre

    8 décembre 2009 a 12:55

    Emmanuel et Victor je suis de votre avis , encore faut il en avoir les moyen et
    une bonne retraite !! je prefère rester chez moi , je n ‘y suis jamais allé , mais je ne mettrait jamais les pieds au maghreb …ni dans les pays tant visités du
    moyen-orient !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*