L’Histoire Biblique donne son sens à l’Histoire d’Israël – Par Rony Akrich

Publié le : 12 juin 2012

Parce que la Bible est la Parole de D.ieu, voici un livre d’un intérêt capital pour l’homme d’Israël et pour la nation des Hébreux. Le destin de ces derniers restera conséquent de leur attitude vis-à-vis du projet transcrit: « L’aspiration à édifier une grande communauté humaine qui gardera les voies de l’Éternel dans la justice et le droit implique précisément que cette communauté ait une existence politique et sociale, qu’elle soit un royaume national.

Car ce ne sont pas seulement des individus sages et excellents, des hommes pieux, des moines et des saints, qui doivent vivre à la lumière de l’Idée divine, mais des peuples entiers.

Ils s’améliorent et évoluent au rythme des progrès de la culture et de l’existence politique; ces peuples contiennent toutes sortes d’hommes, depuis l’élite intellectuelle et artistique, éclairée et sainte, jusqu’aux couches plus larges, sociales, politiques et économiques, jusqu’au prolétariat avec toutes ses ramifications, même les plus basses et les plus frustes… Garder la Torah collectivement et dans son expression politique est un travail difficile, beaucoup plus difficile qu’individuellement et la tâche exigée pour constituer un ensemble et en faire une société politique est beaucoup plus compliquée que celle faite à titre individuel.

Car nous voyons bien l’échec de la morale humaine la plus simple jusque dans les détails qu’elle inspire et l’emprise qu’elle a sur la vie. L’Humanité dans son ensemble en reste encore très loin, elle ne consent pas au devoir moral quand il s’agit de politique collective. » (Rav Abraham Itzhak Hacohen Kook)

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Il les mettra au défi de faire un choix et leur prouvera qu’ils ne peuvent demeurer devant l’Eternel tel qu’ils font et tel qu’ils sont. La Bible leur démontrera expressément qu’ils se dupent et que leur duplicité les dissocie de D.ieu car en fuyant leur vocation ils provoquent un destin qui les poursuivra inexorablement.

Mais elle leur fera savoir aussi que D.ieu affectionne à jamais Israël et qu’Il offre une solution infaillible pour le rencontrer et lui rester fidèle. La leçon biblique est unique et singulière, elle a conquis des millions d’hommes sans arme et sans utiliser la science. Elle a diffusé plus de connaissances sur les choses humaines et divines que tous les philosophes du Monde.

Elle a exprimé des promesses de vie telles qu´il n´en a jamais été énoncées alors ni depuis.

L’Eden gâché lors des premiers pas d’une Humanité naissante se transformera en un éventuel paradis, quand la révélation rencontrera la confiance d’Israël.

Le Tana’h (La Bible) est le manifeste de D.ieu dans le langage des hommes, compréhensible pour tout le monde à travers les siècles. Bien qu’elle ait été rédigée durant une longue période, la Bible s’avère d’une remarquable uniformité, les artisans du Texte ne savaient rien les uns des autres et ils n’avaient pas décidé d’écrire un livre.

Pourtant le voici, bien écrit par des hommes que D.ieu mit en œuvre afin de transcrire ses instructions. La Bible n’est point une légende ouatée nous conduisant par tous les temps et tous les espaces dans un voyage sans histoire, bien au contraire, elle veut nous obliger à ressentir l’épopée comme l’Histoire à part entière.

Notre entreprise est Hébraïque, au sens réel du terme, parce qu’au fond même de nos épreuves il n’y a pas d’aventure mais la représentation d’une nouvelle idée de l’homme. La conduite vraie des Hébreux se trouve dans la déférence portée au caractère révélé et suprême du Texte normatif, dans une révérence qui n’est autre que le frémissement que l’être souffre devant l’immanence du verbe Divin.

Pour l’Hébreu véritable, la Bible n’est pas seulement sainte, elle est un porte-parole essentiel du Projet Divin.

Sa clameur, sa constance, sa vigueur restent en quête de la réponse sensible de l’homme.

Propos divins dans la mesure où ils sont autoritaires, complets, ultimes, mais aussi prometteurs, initiateurs et émouvants.

Entre la Bible et les Hébreux contemporains s’élabore une complicité qui n’a rien à envier à l’Histoire biblique de l’Ere prophétique. Elle demeure aujourd’hui encore comme une rencontre et un dialogue dans l’existence vécue par ces hommes, une expérience d’Eternité pour Israël.

L’élaboration de l’Œuvre biblique s’était faite par étapes, la canonisation en consacre le caractère inspiré.

Les vingt-quatre livres composent à présent l’ouvrage par excellence, la Bible, personnification de la Parole Divine ou le peuple d’Israël devient le Peuple animé par ce Livre.

C’est à partir de cette canonisation du Tana’h que se dessine le destin ultérieur du peuple juif.
Au moment précis où la Bible, en s’achevant, devient, de par la volonté d’Israël, l’organe du dialogue entre D.ieu et le Monde, les orientations définitives de l’Histoire d’Israël sont acquises. Certaines n’y sont encore qu’en- germes, mais lorsqu’elles se manifestent plus tard, leur origine peut être facilement décelée en cet instant qui, plus que tout autre, fut créateur d’histoire. Comment produire un ouvrage si cohérent, en si parfaite consonance, alors que les thèmes développés sont de ceux qui habituellement mobilisent des joutes oratoires pour des opinions divergentes au possible: l’univers, la création, le cœur et la raison, qui est D.ieu, qui est l’Homme, quelle lien existe-t-il entre eux?

La Bible bat tous les records de traductions et d’éditions diverses, elle est l’un des premiers livres à avoir été traduit, et le premier à avoir été édité par Gutenberg. Plus de 600 millions de Bibles ou parties de Bible ont été éditées jusqu’à ce jour! Plus que les œuvres d’Homère, St-Augustin, Shakespeare, Voltaire, Karl Marx ou Mao Tsé-toung. Des quantités de livres disparaissent parfois en un temps record, pour quelle raison le texte biblique demeure-t-il si contemporain alors que nombre de ses chapitres appartiennent aux écrits les plus anciens de l’Humanité?

Les progrès scientifiques et techniques n’ont nullement affaibli l’appétit et l’attrait du Tana’h (de la Bible), bien au contraire. Tandis que la jeunesse appréhende et affectionne les récits et les leçons bibliques, des sages de tous temps savourent l’intelligence de sa pensée.

Des millions de gens se sustentent encore de ce livre, y puisant un sens de l’existence, une assistance, un réconfort et un secours régulier. Au vu et su des leçons révélées depuis plusieurs décennies dans les différentes matières de l’exégèse biblique, de l’archéologie régionale, de l’histoire comparée des religions de l’Antiquité, nous retrouvons dans la Bible une source abondante et conforme de renseignements, une mine incontestable de savoir du monde dans lequel s’est développée, durant plus de 1500 ans, l’Histoire du peuple d’Israël.

La Bible, œuvre littéraire, est l’ouvrage le plus exceptionnel qui n’ait jamais été rédigé.

Il se compose de matières distinctes: de littérature, d’histoire, de biographies, de poésies, de proverbes, d’expressions, d’hymnes, de lettres, de lois, d’instructions, de vénérations solennelles, de paraboles, d’énigmes, de prophéties, et toute autre figure du vocable humain. Quiconque peut: le consulter pour être savant, l’approuver pour obtenir sa délivrance, le vivre concrètement pour être béni ou en meubler sa conscience pour diriger son cœur. Vous savez le dévorer en implorant avec déférence, en l’apprenant assidûment, et il vous semblera nouveau à jamais, repu d’être et d’énergie.

L’Histoire d’Israël se révèle très singulière là où des hommes apparaissent brusquement, manifestant inlassablement qu’il est un autre contrat que politique, que l’Alliance avec D.ieu doit être sollicitée et accomplie sans relâche. Il existe une réelle dichotomie entre deux mondes: celui, séculier, qui besogne dans l’immanence de l’Histoire terrestre et perçoit dans la royauté le symbole de leur adhésion. De l’autre côté, il y a les Prophètes, ceux qui aspirent indubitablement à l’accomplissement de cette Alliance promise par l’Eternel et acceptée par Israël.

Disculpée et remise au goût du jour cette Bible ne nous semble pas offrir uniquement des savoirs d’ordre chronologique et politique, mais les principes d’un très large récit didactique et d’une solide entreprise spirituelle. Ce sont des communautés et des cultures que nous voyons apparaître et s’accroître dans l’Histoire biblique; c’est un esprit religieux et philosophique que nous discernons dans ses actions et dans ses verbes.

Il nous faut traiter de sociologie et de philosophie de l’Histoire pour éclaircir les difficultés de l’histoire biblique.

Nous découvrons dans ces sujets quelque chose qui nous concerne et ne saurait nous laisser insensibles. Vouloir les présenter réclame tout à la fois un certain éloignement et une acuité, une détermination à augurer sans se laisser confondre, une alliance de la rigueur et de la clémence.

La Bible dut être sans cesse recopiée et publiée pendant plus d’un millénaire, sans aucune imprimerie, mais sur papyrus ou parchemin. Aussi possédons-nous des manuscrits beaucoup plus nombreux que pour les autres œuvres classiques de l’Antiquité.

Les manuscrits de l’Ancien Testament ont été conservés soigneusement.

Les scribes d’autrefois avaient comme unique tâche la garde et la copie des Saintes Ecritures, ils y vouaient un soin infini, ils possédaient un répertoire comportant l’ensemble des lettres, des syllabes, des mots et des lignes de chaque livre de l’Ancien Testament, leur permettant de contrôler l’exactitude des copies.

Qui jamais prit la peine d’en faire autant pour les manuscrits des œuvres d’Homère ou de Tacite? La précision du Texte biblique actuel est extraordinaire.

La Bible est unique aussi parce qu’elle a survécu aux outrages successifs dont elle a été l’objet.

Des siècles durant, en effet, des hommes cherchèrent à la détruire; rois, empereurs ou chefs religieux se sont acharnés sur elle. Voltaire pour ne citer que lui, alléguait que cela ne prendrait guère plus d’une centaine d’années avant de retrouver la relique biblique tapis dans un recoin des échoppes d’antiquaires!

Or, vingt-six ans plus tard, était créée la première des sociétés bibliques qui avait pour but la vulgarisation universelle du Tana’h (de la Bible) à un coût accessible pour tous.

Dès lors, les Saintes Ecritures n’ont cessé de se populariser et leurs chiffres de distribution ont plus que centuplé. Pourtant, depuis toujours, le peuple était tenu à distance, dans une ignorance telle de la Parole Divine que pendant des siècles celle-ci demeura pratiquement inconnue.

Malgré ses opposants, les Textes Bibliques restent aussi résistants qu’un rocher, et se propagent toujours davantage, pour le bien de ceux qui cherchent et le meilleur de ceux qui rencontrent la vérité.

Les Patriarches sont les héros d’un milieu politique, social et économique dans lequel ils manœuvrent, ce lien n’est pas fixé et confiné à certains événements du moment, mais il est en mouvement perpétuel.

Deux mouvements s’invitent dans la vie des Patriarches : le premier montre et expose la matérialité de certains déplacements de population, de certains us et coutumes, de certaines aventures humaines.

Le second, proclame la puissance Divine de la Pensée qui, sans jamais abandonner, propose à ces exodes, à ces traditions, à ces contingences de l’existence, le fond et la forme d’une croyance explicite et dirigée. Il fallait conter le vécu des ancêtres d’Israël afin de souligner les conséquences non seulement de leur présence mais aussi de leur implication dans l’Histoire de tous et du tout. Il fallait également faire valoir la teneur intellectuelle et sacrée, singulière et invincible de ce pourquoi et vers quoi ils s’étaient engagés. Ainsi devenaient-ils l’expression des vocations futures de la Nation Hébraïque, d’un peuple qui en se choisissant devait permettre le salut de l’Humanité.

ParRony Akrich – JSSNews
L’auteur est professeur d’études juives
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3 Réponses à L’Histoire Biblique donne son sens à l’Histoire d’Israël – Par Rony Akrich

  1. boubou aylik Répondre

    12 juin 2012 a 16:46

    voila 1 rabin qui nous explique notre torah,
    http://www.torahdevie.fr/pourquoi-d-ieu-crea-le-monde/

  2. Douce France? Répondre

    12 juin 2012 a 17:02

    « Les manuscrits de l’Ancien Testament » Curieuse expression sous la plume d’un Juif. On n’est pas mort que je sache!

  3. Achour Répondre

    13 juin 2012 a 03:10

    boubou – Merci pour le lien ;-)

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