Interview de Mark Schapiro : « Aux Etats-Unis, nous sommes tous pro-israéliens ! »

Publié le : 19 juin 2012

Invité le 14 juin par la loge Guggenheim du B’nai B’rith de Lyon, le consul des Etats-Unis à Lyon, Monsieur Mark A. Schapiro, donnait une conférence sur le thème : « Le bilan des primaires américaines ». Monsieur Schapiro a accepté de répondre à quelques questions concernant la politique américaine, l’économie, l’Iran et Israël.

Arnaud Israël (JSSNews) : Pour commencer, quel bilan, et surtout quels enseignements, tirez-vous du premier mandat d’Obama à la Maison Blanche ?
Mark Schapiro (MS) : Et bien c’est difficile à dire, vous savez, dans le monde de la diplomatie, nous sommes tenus à un certain devoir de réserve. Nous travaillons pour la présidence, pour l’exécutif, quel qu’il soit. J’ai moi-même travaillé pour diverses administrations, qu’elles soient démocrates ou républicaines. J’ai travaillé pour monsieur Bush, je travaille aujourd’hui pour le président Obama. J’ai travaillé pour monsieur Clinton aussi, à la fin de son mandat.

En fait le problème vient surtout de divisions dans le parti démocrate, entre les centristes, les modérés, et les personnalités les plus extrêmes. C’est vrai pour les républicains aussi d’ailleurs. Ceux qui sont le plus à gauche de la gauche, dans le camp démocrate sont déçus, parce qu’ils pensent qu’Obama n’en a pas fait assez, qu’il n’a pas saisi l’opportunité de faire la véritable révolution qu’ils attendaient avec son arrivée au pouvoir.

A droite, chez les républicains, on vous dira qu’Obama en a déjà fait bien assez, qu’il est beaucoup trop à gauche.

Et puis il y a une tension permanente entre Washington, le gouvernement fédéral, et certains états. Chaque fois, dans notre histoire, qu’un nouveau président veut mettre en place une politique, ça prend du temps. C’était le cas, par exemple, pour les droits civiques en 1964. On le voit aussi, avec les réformes engagées dans le secteur de la santé, de l’assurance maladie. Les états refusent qu’à Washington, on leur impose quoi que ce soit, ils veulent se débrouiller seuls. C’est très traditionnel chez nous cette division, il y a donc une tension permanente, ce n’est pas un jugement, c’est une constatation. Donc c’est un peu tôt pour le bilan, les reformes peuvent être très longues a mettre en place.

JSSNews : Et vous, en tant que diplomate, pouvez vous exprimer des opinons politiques ?
MS : Nous avons tous des opinions, c’est certain, mais nous sommes là pour servir au mieux les intérêts du pays, dans les bons moments, comme dans les moins bons. C’est notre pays, et nous en sommes fiers.

Tenez, il y a le Hatch Act [1], la loi du sénateur Hatch, concrètement, cela signifie que si, à l’étranger par exemple, il y a un groupe de pro-démocrates, ou de pro-républicains, qui se réunissent pour faire la promotion de tel ou tel événement politique, je ne pourrais pas être présent. En revanche, si c’est un événement vraiment neutre, apolitique, je peux bien entendu soutenir, et encourager ce type de manifestations.

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JSSNews : Pouvez-vous nous présenter ce qu’ont été, selon-vous, les grandes étapes de l’actuelle campagne ?
M-S : Et bien la saison des primaires est très importante aux Etats-Unis. Ça commence en janvier, et ça dure jusqu’au mois de juin. Maintenant, même si ce n’est pas encore officiel, il est clair que Mitt Romney sera le candidat républicain. Au mois d’août, il y a les conventions, chaque parti a une grande réunion avec tous les délégués. C’est un moment décisif pour les partis, on déclare, à ce moment, officiellement, qui seront les candidats, et bien sûr, qui sera le vice-président.

Et puis, c’est la phase finale de la campagne, le tête à tête démocrate VS républicain, voir même, éventuellement, si c’est le cas, un troisième candidat d’une autre formation politique.

Enfin le 6 novembre, c’est le jour de l’élection du président (aux Etats-Unis, le système n’est pas le même que chez nous, le peuple élit des grands-électeurs, qui vont eux-mêmes élire le président).

JSSNews : Pensez-vous qu’un ultra-conservateur comme Rick Santorum, qui est tellement radical, tellement à droite de la droite chez les conservateurs, pourrait être désigné comme vice-président de Romney, si ce dernier était élu ? Cela semble tout de même peu probable ?
M S : Tout est possible, c’est une question de choix stratégique pour monsieur Romney et ses conseillers. C’est vrai que le choix du vice-président est très important parce que cela va permettre d’unifier le parti autour de ces deux personnages centraux, et aussi de compenser ce que les gens pourraient percevoir chez Romney, comme des faiblesses. Par exemple, le gros atout du vice président, Joe Biden en 2008, c’était sa grande expérience dans le domaine des affaires étrangères, cela a représenté une aide très appréciable pour le président Obama, cela lui a apporté une expérience qu’il n’avait pas nécessairement.

Un président nouvellement élu n’a pas encore eu l’occasion d’acquérir ce type d’expérience. Donc l’expérience de Biden a permis, à l’époque, de compenser l’absence d’expérience en matière de politique étrangère dans le background de monsieur Obama. Il va y avoir le même type de calculs politiques avec monsieur Romney. Le choix sera donc très intéressant, nous verrons bien.

JSSNews : Les récentes déclarations très controversées de Donald Trump, à mettre en relation avec le mouvement des Birthers [2], ont provoqué scandale, indignation, et tollé général aux Etats-Unis. Ne pensez vous pas que cette histoire a beaucoup desservi Trump et les républicains, ne se sont-ils pas tirés tout seuls une balle dans le pied avec cette histoire très improbable ?
M-S : Oh c’est la liberté d’expression. Monsieur Trump est libre de dire ce qu’il veut.

Bien entendu, sa voix compte sans doute plus que d’autres, plus anonymes, grâce à son poids économique et politique. Mais je crois que ce mouvement des « birthers » est très minoritaire aux Etats-Unis. Je ne pense pas que cela va jouer un rôle important dans la création d’un quelconque mouvement politique d’envergure.

JSSNews : Donc vous pensez que c’est un coup d’épée dans l’eau, que cela ne va pas s’étendre, avec un grand mouvement d’indignation populaire, comme « occupy Wall Street », ou le « Tea Party movement » par exemple ?
MS: Effectivement, cela me semble peu probable.

JSSNews : Vu de France, les spots faisant la promotion des candidats ou ceux visant à pulvériser leurs adversaires à l’antenne, sont jugés comme étant particulièrement véhéments. Cela semble inconcevable en France en 2012. On ne se fait pas de cadeaux en la matière de l’autre côte de l’atlantique, n’est-ce pas ?
M-S : Je n’ai pas vraiment d’explication en ce qui concerne ce phénomène. Il me semble que quelque chose de très négatif, ou de très stéréotypé, est perçu plus fortement, et très profondément, par le public, avec de tels spots télévisés. Ces images restent en mémoire, et sont susceptibles d’influencer émotionnellement les citoyens. Donc cela peut jouer sur le vote.

JSSNews : Curieusement, le débat qui s’est installé à propos de la religion de Mitt Romney à rapidement avorté, il semble que cela n’a été qu’une tempête dans un verre d’eau. Les sondages semblent établir que la grande majorité des Américains ne savent pas véritablement ce qu’est un mormon, et s’en désintéressent totalement. Y’a-t-il selon vous matière à débat ?
M-S : Nous nous rendons bien compte, aux Etats-Unis, que nous sommes capable d’élire un noir, une femme, un mormon, ou un catholique.

Oui, on peut citer l’exemple du président Kennedy, qui n’était pas protestant, mais catholique, même si on connait bien mieux, aux Etats-Unis, les catholiques, que les mormons. Bien sur, sa religion ne doit pas l’handicaper par rapport à l’élection.

Pour certains Américains, les mormons ne sont peut être pas toujours considérés comme d’authentiques chrétiens. C’est encore un peu mystérieux pour beaucoup de gens. Ca représente encore l’inconnu. Est-ce que cela peut, oui ou non, jouer sur le vote ? Peut être, oui, dans certains états, mais cela ne l’empêchera en rien de présenter sa candidature à l’élection.

JSSNews : Récemment, les neufs juges de la Cour Suprême débattaient de la constitutionnalité de l’obligation de souscrire une assurance-maladie sous peine de pénalités [3]. La possible abrogation de l’obligation d’assurance rendrait inopérante la loi du président Obama. La question est donc de savoir si le gouvernement a été au-delà de ses prérogatives constitutionnelles en instaurant une régulation du marché de la santé?
M-S : La clause qu’étudie actuellement la Cour Suprême, est très spécifique. C’est la clause du commerce dans la constitution. Est-ce que c’est une violation constitutionnelle de la clause du commerce ? C’est à voir. Ce sera selon l’interprétation qu’en donneront les 9 juges de la Cour Suprême qui sont chargés de statuer sur ce point précis. A priori, ils vont prendre une décision avant la fin juin. Est-ce qu’ils vont abroger toute la loi ou seulement cette petite clause en particulier ? c’est à voir. C’est intéressant parce que cela fait plus d’un siècle qu’on a ce débat aux Etats-Unis. C’est un grand débat économique. Et de santé publique aussi.

JSSNews : La mondialisation inquiète énormément les Américains, les délocalisations massives tout autant, pensez vous que nous allons assister à un nouveau repli de l’Amérique sur elle-même ? L’isolationnisme va t-il l’emporter, dans l’espoir de juguler cette lente dérive économique du pays au profit des grands pays émergents ?
M-S : Non, je ne le pense pas, ce n’est pas du tout notre politique.

Monsieur Obama, a réellement cherché à stimuler l’économie en encourageant l’exportation des produits manufacturés, et en relocalisant les emplois aux Etats-Unis, et ca marche. Aujourd’hui la croissance, et l’emploi, se font grâce aux exportations de produits manufacturés.

Le défi qu’a lancé le président, c’est l’initiative nationale d’exportation, la « National Export Initiative» (NEI), elle a été lancée en 2010, on nous a donné 5 ans pour doubler les exportations américaines, c’est un grand défi, or 2 ans déjà sont passés, et il y a eu un bond de 40% des exportations. Nous sommes donc sur la bonne voie, or c’est le secteur des produits manufacturés qui stimule et crée véritablement de l’emploi, aujourd’hui, et non le secteur de la finance. Notamment parce que le secteur de la finance n’est pas directement créateur de richesses, et qu’il n’est pas tellement créateur d’emplois non plus, c’est un monde beaucoup plus virtuel finalement…

JSSNews:  L’équipe d’Obama a visé Romney à travers le fonds d’investissement « Bain Capital » ; en effet dans les spots démocrates, ce dernier est caricaturé tel un vampire, un destructeur d’emplois sans pitié, sur fond d’usines liquidées et d’employés licenciés. Est-ce que cette vision du « liquidateur » de l’économie américaine est la bonne tactique pour remporter la prochaine élection, ou la jugez-vous trop agressive, contre-productive en somme ?
M-S : Je me pose la même question que vous. Je vais suivre la campagne, nous verrons bien. C’est vrai que le public américain a la perception que le président Obama, c’est « monsieur secteur public », et Mitt Romney, c’est « monsieur secteur privé », c’est la perception classique qu’a généralement le public américain des démocrates et des républicains… Oui, mais on a trop simplifié, parce que Monsieur Romney a aussi une grande expérience en tant que gouverneur du Massachussetts, il joue donc dans les deux secteurs, et monsieur Obama aussi.

JSSNews : Le président a tenté cette semaine de mettre en valeur son bilan économique. «Nous avons créé 4,3 millions d’emplois au cours des 27 derniers mois. Plus de 800 000 cette année seule. Le secteur privé se porte bien», a t-il déclaré.«C’est une erreur de calcul et une incompréhension extraordinaire de la part d’un président qui est déconnecté de la réalité», a jugé son adversaire républicain M. Romney. Croyez vous que cette polémique va s’éteindre rapidement, ou ces déclarations vont-elles se révéler désastreuses pour le président -candidat ?
M-S : C’est la campagne électorale. Bien entendu l’un va bondir instantanément sur les déclarations de l’autre. Le plus important c’est la tendance des statistiques économiques, et pas uniquement les chiffres en eux-mêmes, donc, si le public a la perception que la situation économique est en train de s’améliorer, cela va favoriser l’équipe au pouvoir, même si les résultats ne sont pas exactement ceux qui étaient escomptés.

JSSNews : Mais les deux derniers mois il n’y a eu que 69.000 emplois créés par mois, et non 500.000, donc compte tenu du fait qu’il y a des millions d’emplois à recréer, cela risque d’être assez long, non ? 
M S : Oui, mais il est clair que 27 ou 28 mois de croissance successifs, ca joue, même si ce n’était pas une croissance maximale, ca favorise monsieur Obama.

Mitt Romney a fait sa campagne en affirmant qu’Obama n’en avait pas fait assez en matière d’emplois et d’économie, et que sa politique avait freiné la croissance. On a vu des exemples très concluants dans le passé, par exemple Roosevelt dans les années 30, ou encore Carter dans les années 70. Carter n’a pas été réélu à cause de la perception qu’avaient les américains de sa non-réussite économique… .

JSSNews : Plusieurs crises ont éclaté entre les Etats-Unis et Israël ces dernières années, et les relations entre Obama et Netanyahu n’ont pas toujours été au beau fixe. Objectivement, les relations d’amitiés, d’habitude si profondes entre les Etats-Unis et Israël, ne se sont elles pas dégradées depuis l’accession au pouvoir de Barak Obama ?
M-S : Nous ne nous inquiétons pas, les relations entre les Etats-Unis et Israël sont comme les relations entre les Etats-Unis et la France, elles sont beaucoup plus fortes que les individus. Les chefs d’Etats sont avant tout des hommes et des femmes pragmatiques. Je ne m’inquiète ni personnellement, ni professionnellement pour nos relations avec l’Etat Hébreu. Israël est un allié extrêmement important des Etats-Unis, c’est un ami, un pays fraternel, cela a toujours été le cas, et cela va continuer.

JSSNews : Les républicains, vus comme des faucons, sont habituellement perçus comme plus pro-israéliens que les démocrates, bien qu’il y ait, en la matière, un très large consensus aux Etats-Unis. Les pressions des républicains sur l’administration Obama, (ils tiennent le congrès) en ce qui concerne le nucléaire iranien, vont-elles selon vous, pousser ce dernier vers la surenchère, du fait des élections qui approchent ?
M-S : Vous savez, cette année est l’année des élections aux USA, et en France, il va y avoir des élections en Israël et en Iran, or pendant les campagnes électorales, on s’emballe plus facilement, la rhétorique est parfois outrancière, et les accusations pleuvent. Comme vous le savez, l’administration Obama croit beaucoup dans le fait d’épuiser toutes les solutions diplomatiques à notre disposition, avant de s’engager sur une autre voie. C’est à cela que nous travaillons avec Israël, et nos autres partenaires. En ce qui concerne le fait d’être plus ou moins pro-israélien, vous savez, aux Etats-Unis, nous sommes tous pro-israéliens, après c’est simplement une question d’approche.

JSSNews : A propos de l’Iran toujours, la fenêtre de tir s’est considérablement réduite aujourd’hui, est-il selon vous possible que, las de prêcher dans le désert, après un énième train de sanctions jugées peu efficaces à l’encontre du régime, les Israéliens se décident à frapper seuls, sans l’aval de Washington ? Si tel devait-être le cas, pensez-vous que les relations bilatérales soient vouées à se détériorer plus encore ?
M-S : Je n’oserais jamais me prononcer sur ce sujet à la place du gouvernement israélien.

Israël est un état souverain, et les Israéliens vont évaluer la situation sur la base de leur intérêts, comme le font tous les pays du monde. Et nous, aux Etats-Unis, allons faire de même, mais comme je l’ai dit, nous soutenons avant tout une solution concertée, diplomatique, et une résolution pacifique de la crise. C’est notre politique, et monsieur Obama l’a exprimé très clairement.

JSSNews : Bien entendu, le président l’a dit et répété, mais les Israéliens commencent à devenir nerveux sur le sujet.Or il est évident qu’une action militaire unilatérale israélienne n’aura absolument pas les mêmes répercussions qu’à l’époque d’Osirak [4] par exemple. Le bombardement sur Osirak a été un « one shot » comme on dit. Là, en l’occurrence, cela n’aura rien à voir, cela va nécessiter une toute autre infrastructure militaire, diplomatique etc. Les conséquences, militaires, économiques aussi, seront tout autres au niveau international. Donc, que l’Amérique souhaite s’en détacher, ou non, cela va forcement impacter sur elle aussi.
MS : Bien entendu, mais chaque cas est différent. C’est impossible d’établir une comparaison directe entre l’Irak et l’Iran. Regardez ce qui s’est passé en Lybie par exemple, a été très différent de ce qui s’est passé en Egypte, ou encore en Tunisie. Nous restons focalisés sur le problème iranien, en espérant, bien entendu, que le quartet trouvera une solution négociée.

JSSNews : Les récentes déclarations de François Hollande, à propos du désengagement progressif des troupes « combattantes » françaises engagées en Afghanistan, sont-elles susceptibles d’impacter négativement sur la manière dont est interprétée l’alliance franco-américaine aux Etats-Unis, celle-ci étant déjà mise à bas par l’aventure irakienne, et le discours de Dominique De Villepin à L’ONU ?

M-S : Mais n’oublions pas que la France est le premier allé des Etats-Unis. Nous avons gagné notre indépendance grâce à vous, grâce à Lafayette.

JSSNews : En France aussi, nous avons gagné notre indépendance grâce à vous…
MS : Oui, nous vous avons aussi aidé pendant les deux guerres mondiales, effectivement. Dans cette relation, nous ne sommes pas toujours d’accord, nous avons chacun nos opinions. Nous pouvons nous moquer gentiment les uns des autres, tout en ayant de très bonnes relations, je pense que nous avons une relation très fraternelle.

JSSNews : Les choses se sont arrangées depuis lors, cela n’avait pas lieu de durer, cela n’aurait arrangé personne, c’est évident, et c’est stérile.
MS: Bien entendu, regardez l’histoire dans sa longueur, et vous verrez que cette petite période de manifestations anti-françaises, a été très courte. Le temps des « freedom fries » [5] est révolu. Mais cet épisode n’est rien, la France n’est en rien obligée d’être toujours d’accord avec notre politique, comme nous ne sommes pas toujours obligés d’être d’accords avec vous. Mais pour revenir à l’Afghanistan, ce retrait s’effectue conjointement avec les forces de l’OTAN.

JSSNews : Il n’est pas certain que l’OTAN aille jusqu’à prêter main forte à la France pour qu’elle effectue son retrait.
MS : Il faut le souligner quand même, c’est encadré par l’Otan. Aujourd’hui, la France se focalise sur la formation des forces sécuritaires afghanes, et les actions civilo-militaires. Avec mon ami, le colonel Toussaint, le commandant du G.I.A.C.M [6] basé ici à Lyon, nous avons beaucoup évoqué la coopération civilo-militaire. J’ai travaillé côté civil en Irak, avec nos militaires. Il est donc cohérent, que dans le cadre de l’OTAN, et jusqu’à la fin du mandat de l’OTAN, nous soyons de plus en plus amenés à nous focaliser sur les aspects de coopération civile avec les populations, et leurs gouvernements.

JSSNews : Avez-vous évoqué avec le colonel Toussaint, le fait que l’Amérique soit amenée à conduire en Irak et en Afghanistan, un type de guerre extrêmement différent de ce qu’ont pu être les guerres dans le passé. Non plus une guerre classique comme avait pu la théoriser Clausewitz [7], mais plutôt un système de guérillas, de guerres asymétriques, d’insurrections, et de contre-insurrections. Ces guérillas ne sont d’ailleurs pas nouvelles, elles ont existé sous Mao, sous Castro, en Algérie, etc. Partout, lorsqu’il s’agissait de combattre une armée régulière plus forte numériquement, plus professionnelle, et mieux armée. Je pense au livre de David Galula [8], très étudié dans les écoles de guerre américaines, et notamment à West Point, mais totalement délaissé chez nous, ou quasiment personne ne l’étudie. Or, il me semble que c’est, aujourd’hui, la principale façon de mener une guerre.
MS : Oui je connais très bien l’œuvre de David Galula, et en fait, ce n’est pas vraiment une nouvelle façon de faire la guerre, c’est une redécouverte de ce qu’on a connu dans le passé, c’est cela qu’il a théorisé. L’armée américaine, ces dernières décennies a beaucoup appris de l’expérience française en Algérie. Mais aujourd’hui, que ce soit en Irak, ou en Afghanistan, on insiste beaucoup sur l’assistance aux populations, les actions non-cinétiques, comme on dit aux Etats-Unis. Que donne-t-on à la population, au niveau de la formation, du développement économique ? C’est très important, Personnellement, j’ai été en charge du développement économique au nord de l’Irak.

JSSNews : Autour de Mossoul ?
MS : Oui à Mossoul.

JSSNews : Vous vouliez gagner la confiance des gens, tisser des liens, toucher le cœur des gens par des actions civiles, et d’entraide ?
MS : Oui absolument. Ces relations sont déterminantes pour nous, et cela n’a rien à voir avec l’action militaire. C’est une façon de rapprocher nos deux cultures, positivement.

Propos recueillis par Arnaud Israël – JSSNews
Merci à Simon Benchétrit et Samuel Flatto-Sharon de jerusalemplus.tv – JSSNews
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[1] Le Hatch Act, promulgué en 1939, du nom du sénateur Carl Hatch, du Nouveau Mexique, stipule que les fonctionnaires du gouvernement américain doivent rester neutres, en ce qui concerne les activités politiques, car un haut-fonctionnaire travaille avant tout pour l’Amérique, et cela, quelle que soit l’administration qui est au pouvoir.

[2] Birther : le terme vient de birth/naissance : mouvements de citoyens américains en colère, persuadés qu’Obama ne serait pas né à Hawaï, en territoire américain, mais au Kenya (comme son père), ce qui invaliderait de-facto son élection. En effet, les candidats à l’élection présidentielle doivent être nés sur le sol américain. C’est ce qui empêcherait par exemple Arnold Schwarzenegger de présenter son éventuelle candidature, puisqu’il est né en Autriche. Précisons que jusqu’à preuve du contraire, cette rumeur est fausse, et ne sert que des desseins électoralistes.

[3] Les Américains ne voulaient pas d’une assurance universelle gérée par l’état, comme c’est le cas en Europe. Ils voulaient garder le système privé. Mais la loi Obama sera trop chère, et impossible à mettre en place sans qu’on demande à tous les adultes américains d’acheter une assurance santé privée (parce que quelles que soient les assurances, ceux qui sont en bonne santé payent pour les malades, et généralement, les jeunes payent pour les plus âgés). Si la Cour Suprême statue que c’est inconstitutionnel d’obliger tous les adultes américains à acheter un produit (une assurance maladie), la loi Obama sera mise en échec.

[4] Osirak est le nom d’un ancien réacteur nucléaire expérimental de 70 MW, qui était en cours d’installation en Irak, au sud-est de Bagdad, construit par la France, et destiné à des recherches civiles sur le nucléaire. Il fut détruit par un raid de l’aviation israélienne le 7 juin 1981, cette opération est connue sous le nom d’Opéra. Autre exemple, Le 6 septembre 2007, Israël a détruit le réacteur nucléaire construit secrètement par la Syrie, avec l’aide de la Corée du Nord. Les experts du renseignement sont convaincus que l’attaque visait bien un réacteur du même type que celui construit par la Corée du Nord à Yongbyon. Quand Israël a attaqué, il ne restait que quelques semaines avant que le réacteur ne devienne opérationnel.

[5] Freedom fries (frites de la liberté) est le nom qui a parfois remplacé les french fries, pour désigner les frites, durant la période de refroidissement des relations diplomatiques franco-américaines qui a suivi la décision d’entreprendre une guerre en Irak. Le fait d’avoir rebaptisé les french fries témoignait, pour certains ultraconservateurs, d’un lourd ressentiment anti-français aux Etats-Unis à l’époque.

[6] LeG.I.A.C.M (Groupement Interarmées des Actions Civilo-Militaires) a été créé en 2001, le groupe interarmées des actions civilo-militaires, commandé par le colonel Thomas Toussaint, est constitué de personnels permanents, de réservistes, et même de compléments opérationnels d’active. C’est une structure interarmées vouée à la projection et à l’action. Le GIACM, depuis sa création, est intervenu, outre en Afghanistan, sur une dizaine d’autres « théâtres d’opération » à travers le monde.

[7] Karl Philip Gottfried (ou Gottlieb) Von Clausewitz (1er juin 1780 à Magdebourg – 16 novembre 1831 à Breslau) est un officier et théoricien militaire prussien. Il est l’auteur d’un traité majeur de stratégie militaire : De la guerre. Les écrits de Clausewitz sont une base majeure de la théorie stratégique moderne. Ses idées suscitent toujours à l’heure actuelle des interprétations parfois contradictoires et d’ardentes discussions. Cette œuvre est l’une des plus réalistes et des plus complètes en matière de stratégie militaire. Des personnes aussi diverses que le duc de Wellington, Lénine, Hitler, Mao Tsé Toung, Patton, Dwight Eisenhower, Henry Kissinger, Raymond Aron, Colin Powell, et bien d’autres encore, l’ont considéré comme une référence intellectuelle essentielle. Pour l’anecdote, on a retrouvé un exemplaire annoté de « De la Guerre » dans une cache d’Al-Qaïda à Tora Bora, en Afghanistan.

[8] David Galula (1919, Sfax, Tunisie – 11 mai 1967, Arpajon) est un officier et penseur militaire français, théoricien de la contre-insurrection. Né en 1919 en Tunisie dans une famille de marchands juifs, David Galula est naturalisé français en 1929. De retour d’Algérie où il a participé aux opérations militaires françaises, David Galula s’installe aux Etats-Unis où il théorise une approche renouvelée de la contre-insurrection. Loin de la guerre antisubversive, il montre que l’enjeu premier est de conquérir le soutien de la population plutôt que d’éliminer les forces insurgées. Bien que peu connus en France à l’époque, les travaux de Galula ont en revanche fortement influencé la communauté militaire américaine qui considère l’officier comme le principal stratège français du XXe siècle. « Le Clausewitz de la contre-insurrection, ose même David Petraeus, chef des forces américaines en Irak, puis en Afghanistan ». Il est d’ailleurs l’une des trois références mentionnées dans le manuel de contre insurrection de l’armée américaine.

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5 Réponses à Interview de Mark Schapiro : « Aux Etats-Unis, nous sommes tous pro-israéliens ! »

  1. Adam Répondre

    19 juin 2012 a 12:48

    Si seul’ment c’etait vrai. Malheureus’ment il y’a aussi beaucoup de pro-palestiniens aux Etats-unis.

  2. Armand Répondre

    19 juin 2012 a 12:57

    Sauf Obama .

  3. Marciano Répondre

    19 juin 2012 a 12:58

    « aux états unis nous sommes tous pro israélien  »
    Il nous prend vraiment pour con ce type
    Je vais juste lui rappeler un nom JONATHAN POLLARD

  4. Armand Répondre

    19 juin 2012 a 13:08

    David Galula (1919, Sfax, Tunisie
     » Le Clausewitz de la contre-insurrection  »

    Avec Elie Kakou , ça fait la paire .

  5. Qumquat Répondre

    19 juin 2012 a 23:18

    En France, ils sont tous antijuifs, pardon antisionistes et la Gauche est le leader de cette tendance bien bobo bien pétainiste

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