Les minutes de la frappe israélienne sur le réacteur syrien – 17 tonnes d’explosifs !

Publié le : 11 septembre 2012

Il y a cinq ans, les agents du Mossad ont fait irruption dans la maison du directeur de l’Agence atomique de Syrie à Vienne, où ils ont trouvé des photos prises à l’intérieur d’un réacteur nucléaire en Syrie. Quelques mois plus tard, huit avions de combat israéliens ont largué 17 tonnes d’explosifs sur le site syrien, le détruisant.

Ces détails et l’histoire complète de l’attaque nommée « Opération Orchard« , ont été rapportés dans le magazine New Yorker lundi. Israël n’a jamais revendiqué publiquement l’attaque et la Syrie n’a jamais reconnu sa défaite.

En mars 2007, selon l’article de David Makovsky, les agents israéliens ont fait irruption dans la maison d’Ibrahim Othman, le chef du programme nucléaire de la Syrie. Le cambriolage a eu lieu en raison des préoccupations grandissantes des Etats-Unis et d’Israël sur les ambitions nucléaires de la Syrie, et des rapports de renseignement sur l’installation d’un bâtiment nucléaire dans la région désertique du nord de la Syrie.

Le cambriolage a fourni aux renseignements israéliens ce qu’ils cherchaient. Des dizaines de photos de l’intérieur du bâtiment montraient des travailleurs nord-coréens dans l’installation. Ils travaillaient à la conception de la structure, un réacteur nucléaire du plutonium.

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Israël a alors décidé de détruire le réacteur, conformément à une doctrine établie par le Premier ministre Menahem Begin en 1981, quand il a bombardé le réacteur irakien Osirak : ne jamais laisser les pays ennemis obtenir des armes nucléaires.

L’ancien chef du Mossad, Meir Dagan, a présenté les nouvelles informations à Ehud Olmert, qui a, à son tour, partagé les documents avec Shimon Peres, Ehud Barak et Benjamin Netanyahu.

La suite du processus décisionnel décrit dans l’article pourrait donner une idée de l’éventuel processus d’une frappe israélienne en Iran.

Tout d’abord, tous ceux convoqués par Olmert ont signé un accord de confidentialité avant de recevoir les informations. Amir Peretz, le ministre de la Défense, Gabi Ashkenazi, chef d’état-major de Tsahal, Amos Yadlin, chef du renseignement militaire ; Yuval Diskin, chef du Shin Bet, et Dagan, du Mossad, ont tous accepté de coopérer.

Ensuite, Olmert a examiné les données avec l’administration Bush à Washington, qui a commencé sa propre enquête. Bush était encore traumatisé par le manque d’informations adéquates sur les armes irakiennes de destruction massive. Le président aurait dit de l’information, et des répercussions possibles de l’action contre la Syrie, « cela doit rester secret et ce doit être sûr. »

Un groupe de travail de la CIA a été mis en place. Un rapport avec « photos satellites du site » a été créé. La National Geospatial-Intelligence Agency a confirmé les deux ensembles d’images appariées, ainsi que des experts américains nucléaires.

Israël a voulu entreprendre une action militaire avant que le réacteur soit opérationnel. L’Etat juif craignait qu’une frappe trop tardive pollue toute la région, jusqu’à l’Euphrate. Washington, de son côté, ne voyait pas les choses ainsi… Mais s’est quand même mis d’accord sur d’autres détails.

Deux mots prononcés en juin 2007, à mi-parcours entre le cambriolage et l’attaque en Syrie, ont conduit l’ancien président Bush à se dérober face à une action militaire. Le journaliste américain explique : «L’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, a déclaré qu’il a dit au Président qu’Al Kibar (le complexe nucléaire) faisait partie d’un programme d’armes nucléaires» et que «nous ne concevions pas d’autres utilisations pour l’installation en construction. » Mais, parce qu’ils «ne pouvaient pas identifier les autres éléments essentiels d’un programme d’armement », comme une usine de retraitement ou la fabrication d’une ogive, Hayden a écrit, « soyons prudent car ces conclusions ne sont pas certaines. »

Olmert avait espéré que les Etats-Unis frapperaient eux-mêmes le réacteur, mais quand Washington a décidé de ne pas y aller, Olmert a décidé qu’Israël agirait rapidement et de façon unilatérale.

Les préparatifs pour une action militaire sont passés à la vitesse supérieure en fin d’été. Olmert a convoqué et informé les membres du Cabinet, en prenant soin de toujours faire signer un accord de confidentialité.

« Le 1er septembre, le conseiller d’Olmert a déclaré à la Maison Blanche que des préparatifs étaient presque terminés. Israël a informé les services de renseignements d’un pays autre avant la frappe – le MI6 britannique – mais n’a pas partagé la date exacte de l’attaque » indique l’article.

Le 5 septembre, le cabinet tout entier, à la seule exception d’Avi Dichter, a voté en faveur d’une action militaire. Barak, Olmert et la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni ont donné le pouvoir de décider du moment exact de la frappe.

« Après la session du cabinet, Olmert, Barak et Livni sont allés en salle de briefing adjacente au bureau d’Olmert. Le chef du staff est entré dans la salle et a recommandé d’attaquer cette nuit-là (…) Olmert, Barak et Livni ont voté à l’unanimité pour agir. L’ordre a été donné à l’armée israélienne. »

Juste avant minuit le 5 septembre, huit avions de combat – quatre F-16 et quatre F-15 – ont décollé vers leur cible. Les jets volaient le long de la mer Méditerranée avant de tourner à l’est en suivant la frontière syro-turque. Utilisant des dispositifs de brouillage électronique, Israël a aveuglé les systèmes d’alerte précoce de la Syrie.

Dans l’article, les moments qui ont précédé l’attaque sont décrits comme ce qui suit : « A Tel-Aviv, dans une salle de l’Israel Air Force, Olmert, Barak et Livni, accompagnés par des hauts fonctionnaires, suivaient les avions par radar. La salle servirait de bunker pour Olmert dans le cas où la frappe déclencherait une guerre. Les Israéliens avaient également préparé un plan d’urgence militaire.

L’escadre aérienne d’Eliezer Shkedi « suivait les pilotes par audio dans une pièce adjacente. Vers 00h53, les pilotes ont prononcé le mot de code généré par ordinateur de la journée, « Arizona », indiquant que dix-sept tonnes d’explosifs ont été larguées sur leur cible. « Il y avait un sentiment de bonheur, » se souvient un participant. «Le réacteur a été détruit et nous n’avons pas perdu de pilote. »

L’article rapporte : « Alors que les avions retournaient vers leurs bases, Olmert est allé à son bureau secondaire, au complexe de la Kirya à Tel-Aviv, et a demandé à être connecté à Bush, qui était en Australie. « Je veux juste vous faire savoir que quelque chose qui a existé n’existe plus, » lui a dit Olmert. « Cela a été fait avec succès. »

Depuis l’attaque il y a cinq ans, la Syrie a nié que le site était destiné à des fins nucléaires. Israël n’a jamais confirmé officiellement qu’il a réalisé la frappe chirurgicale. « Trois semaines après, le président Assad a déclaré à la BBC que les avions de guerre israéliens ont attaqué un bâtiment militaire inutilisé, » note le rapport.

« Même si la confirmation d’une sorte de frappe est sorti dans la presse mondiale, la Syrie n’a pas riposté. Ce qui a renforcé l’analyse israélienne de la lecture psychologique des Syriens : tant qu’Assad pourrait nier l’existence du réacteur, il ne se sentira pas obligé de se venger. Les Israéliens ont informé leurs alliés régionaux, notamment l’Égypte et la Jordanie, et ont exhorté les dirigeants de ces pays à s’abstenir de faire des déclarations publiques au sujet de la frappe. »

La soi-disant doctrine Begin, quant à elle, peut à nouveau être pertinente en 2012, avec Israël envisageant une frappe sur les installations nucléaires de l’Iran. La probabilité d’un recours unilatéral à la force, a, dit-on, reculé ces derniers temps. Les politiciens américains et les chefs militaires, dont le président Peres, ont publiquement opposé un veto à une frappe imminente.

« Pourtant, la situation en Iran est fondamentalement différente de l’affaire syrienne. L’affaire syrienne n’était connue que d’un petit nombre de fonctionnaires à Damas, en Israël et à Washington, alors que la perspective de frapper le programme nucléaire iranien a été vigoureusement discutée en public. Les experts ont souligné le risque de victimes civiles et des représailles prolongées. De plus, un site clé iranien se trouve profondément enfoui sous terre en dehors de la ville sainte de Qom, et il est fortifié ; une attaque contre ce site ferait courir un risque d’échec élevé. Une frappe pourrait retarder le programme iranien, mais pour combien de temps et à quel prix ? Certains responsables israéliens ont exprimé la crainte qu’une frappe ne fournisse à l’Iran une justification pour poursuivre son programme nucléaire. »

Makovsky cite Olmert disant : « Chaque cas doit être examiné séparément… Le cas de l’Irak était différent du cas de la Syrie, et le cas de la Syrie est différent du cas iranien (…) si toutes les options ont été tentées, alors, naturellement , cela peut forcer Israël à agir pour défendre son existence (…) Mais il doit être clair que nous avons essayé avec la communauté internationale, et en particulier avec les États-Unis, d’agir ensemble avant de recourir à la dernière option d’une opération militaire israélienne.  »

Amos Lerah – JSSNews
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  1. neoplasme avner Répondre

    12 septembre 2012 a 14:06

    המוסד למודיעין ולתפקידים מיוחדים

    toda rabah

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