Livre: « le châlet de la mémoire », touchant et subtile…

Publié le : 12 octobre 2012
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Dans Le chalet de la mémoire, Tony Judt nous livre à la fois un témoignage, celui d’un homme atteint d’une maladie dégénérative incurable pour qui chaque jour compte, mais aussi un vaste portrait familial s’étendant sur trois générations, et près d’un siècle d’histoire.

Au rythme de ses insomnies, il nous renvoie dans la capitale britannique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ville fantomatique, balafrée, où marché noir et rationnement riment avec privations.

Dans l’appartement glacial du quartier de Putney où il a grandi, les traditionnels plats yiddishs se mêlent aux viandes et légumes bouilles. Les souvenir se succèdent, ceux d’une époque marquée par Spring in Park Lane ou Maytime in Mayfair, puis par celle des drogues douces, du sexe et des Beatles, des hivers dans le chalet de Villars, en Suisse, ce fameux Chalet de la mémoire, ou encore des étés passés dans un kibboutz de Haute Galilée, où il doit travailler sur un cargo pour s’offrir le voyage jusqu’en Israël…

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De petits jobs à la librairie J.W. Smith ou au Blue Roars de Cambridge aux années d’enseignement à la New York University, qu’il rejoint à la fin des années 80 pour fuir le thatchérisme, le récit défile au gré d’évènements emblématiques. Et comme pour mieux appuyer l’avancée des décennies, l’évolution personnelle et professionnelle de Tony Judt avance de concert avec celle des moyens de transport, qu’il adore. Trajets sur la Green Line, bus reliant Windsor à Harlow, traversée de la Manche – voyager en Europe relevait alors de l’exotisme, à bord des vapeurs Dinard ou Lord Warden, vapeurs bientôt dépassés par des réalisations aux allures futuristes, telle l’hovercraft, sa première 2CV ou la Buick au volant de laquelle il traverse les Etats-Unis d’est en ouest. Mais l’Amérique de Kérouac, cette Amérique dans laquelle il se sent paradoxalement plus européen, ne sera pas la seule destination du grand voyageur qu’il devient. En Pologne, sur les traces de son grand-père paternel, il renoue avec ses racines juives, en Hongrie, il assiste au triomphe de Vaclav Havel…

Les premières parutions du Chalet de la Mémoire remontent à 2010, tandis que l’auteur approchait de la fin de ses jours. A la fois roman, récit et mémoires, cet ouvrage touchant, écrit avec sensibilité et nostalgie, parvient à dédramatiser la maladie en tissant tout autour une toile de souvenirs, témoins d’une vie riche et fructueuse.

Auteur de douze livres, dont Après-guerre : une histoire de l’Europe depuis 1945, Retour sur le 20ème siècle, ou encore Contre le vide et le moral, Tony Judt est mort le 6 aout 2010 à New York.

Alon Hermet – JSSNews.

 

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