« MARCHE A L’OMBRE » PAR RONY AKRICH | JSSNews

« MARCHE A L’OMBRE » PAR RONY AKRICH

Publié le : 17 novembre 2016

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L’aptitude de l’individu à cogiter sur ses comportements et conduites, à assumer l’apanage de ses responsabilités, résulte d’une faculté unique dont lui seul détient la clé. Quelle est-elle?

L’esprit est cette faculté qui offre à l’homme la pertinence d’une possible lecture révélatrice des abysses de sa réalité intime. A lui d’en quérir la sagesse et l’évidence au moyen de son être conscient, ce dernier lui révèle, alors, la nature foncière des sujets dont il tirera la substance aux sources même de sa sensibilité.

Néanmoins, en parallèle à cet état sensible, l’esprit devra, lui, vivre pleinement l’épreuve de la vie, pour mieux s’interroger sur la ou les causes. Contrairement à l’être l’animal, l’homme, totalement homme, infiniment humain, ne peut que se confondre de stupéfaction face à tout ce qui est. On l’imagine, sans trop de difficultés, rester ô combien déconcerté par tant de chefs-d’œuvre et vouloir, sans trop y croire encore, réfléchir sur sa condition.

Dans ce moment de lente mais certaine évolution, commencent alors à fuser les questions existentielles: «Qui suisje? Où vais-je et pourquoi donc?» Seule, cette créature porteuse d’une âme Divine et d’un souffle Divin est à même de se poser ces interrogations, jamais elle ne se sépare de la Création dans son ensemble, mais marque toujours sa différence!

Tous les justes ne peuvent être égaux! Les individus sont ainsi tous originaux et ils se distinguent les uns des autres par une personnalité singulière où le sacré et le légitime restent, à leurs yeux, relatifs. La Torah attire, par ailleurs, notre attention sur ces différenciations lorsqu’elle décrit Noé et Abraham avec des énoncés légèrement opposés et ce, malgré leur ressemblance.

Concernant Noah, le texte dit: «Ceci est l’histoire de Noé. Noé fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains; il se conduisit selon Dieu.» (Genèse 6: 9), c’est à dire ‘marcha avec Dieu’.

Pour Abraham, Dieu ordonna: «Abram étant âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, le Seigneur lui apparut et lui dit: « Je suis le Dieu tout-puissant; conduistoi à mon gré, sois irréprochable» (Genèse 17: 1), c’est-à-dire ‘Marche devant Moi’. Noé marchait avec Dieu, tandis qu’Abraham marchait devant Dieu. Quelle différence cela fait-il? L’une de ces démarches serait-elle meilleure que l’autre?

La métaphore de la marche

Fait non moins intéressant, nous trouvons dans la Torah une troisième expression voulant définir ce qu’est la vie sainte: «C’est l’Éternel, votre Dieu, qu’il faut suivre, c’est Lui que vous devez craindre; vous n’observerez que Ses préceptes, n’obéirez qu’à Sa voix; à Lui votre culte, à Lui votre attachement!» (Deut. 13: 5), c’est-àdire ‘marche derrière Dieu’.

Essayons tout d’abord de mieux comprendre cette métaphore de la «marche». Pourquoi ne pas se tenir debout «devant Dieu» ou bien courir «avec Dieu»?

Après la faute commise par Adam et Eve, l’ordre naturel de la Création subit un bouleversement radical, Dieu ne chercha guère à corriger le monde à ce moment précis. Tout au contraire, l’Humanité devait s’amender et se perfectionner progressivement, restaurer l’univers par étapes jusqu’à ce que: «Plus de méfaits, plus de violences sur toute ma sainte montagne; car la terre sera pleine de la connaissance de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers.» (Isaïe 11: 9). Tel est le sens profond de la ‘marche des justes’, une évolution morale, lente, mais préservant sans cesse sa constance.

Nos Sages ont également convenu que la prophétie ne pouvait se révéler dans le monde en une fois, une soudaine explosion de lumière pourrait causer plus de dommages que la pleine obscurité. C’est seulement de manière modérée et mesurée, en fonction de notre prédisposition à recueillir et à absorber l’éclat lumineux, que la Vérité du ‘devenir’ nous parviendra. (Midrash Vayikra Raba 15: 2). Cette règle demeure inéluctable pour tous les desseins de la sagesse Divine. La lumière est octroyée à chaque génération avec une modération adaptée à son temps et à son espace et ce, afin de l’élever et de la préparer à son Futur, le meilleur.

Avant la révélation et le don de la Torah au Sinaï, le monde n’était pas encore prêt à recevoir sa pleine Gloire. Comme nous l’avons précisé plus haut, la vérité ne peut se fondre qu’au sein d’un monde tout à fait prêt à se conjuguer en elle.

Cependant, l’univers possède un potentiel infini, caché dans les limbes de l’esprit qui le meut, une dimension spirituelle prête à porter les fruits d’une conjugalité pleine d’espérance.

La «marche» de Noé vs. la «marche» d’Abraham

Avant le Sinaï, il y avait deux voies pour une croissance spirituelle.

La première tentait de s’améliorer en fonction d’une réalité morale, adéquate à la génération de son temps. Celle-ci s’intitule ‘marcher avec Dieu’: évoluer en conformité avec les idéaux et les aspirations divines relatifs à cette période.

L’autre voie était plus élaborée et tentait, elle, d’aspirer à une dimension capable de transcender le quotidien de cette époque. Il s’agit sans nul doute d’un effort spirituel détaché de l’ordinaire, un véritable acte de foi, afin d’aménager et de hâter la survenue du souffle de la Grâce absolue. Un labeur pour le corps et l’esprit octroyant aux générations futures la convalescence spirituelle méritée. Celle-ci se nomme ‘marcher devant Dieu’.

La Torah nous enseigne que Noé marchait avec Dieu, il était donc équitable et bienveillant selon une morale accommodée à la mode de son temps. Raison pour laquelle le Texte avertit que Noé était «un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains». Sur le plan du droit et de la justice, il répondait très exactement aux attentes vertueuses de sa génération.

Abraham, quant à lui, chercha à réanimer l’Humanité toute entière, il la voulait intègre, saine et sainte. Il marchait devant Dieu car il aspirait à organiser le monde, il le désirait paré de son plus bel apparat pour ce jour, ce grand jour, où la Lumière de la Torah, enfin, éclairerait le monde. Depuis, il n’eut de cesse de le préparer à cette fin et nos Sages d’écrire, par ailleurs, qu’il accomplissait la Torah bien avant qu’elle ne fut donnée (TB. Yoma 28b).

«Marcher derrière Dieu»

Il nous reste à comprendre le sens de cette troisième figure: «marcher derrière Dieu»?

Depuis que la Torah fut donnée, laissant l’Eternel dévoiler Sa pure lumière divine, nous agissons avec notre cœur et notre raison afin de pouvoir mériter à nouveau le bonheur de cette plénitude d’antan. Avoir le privilège de jouir encore, et pour toujours, de ces lueurs incandescentes et immaculées qui furent celles d’un temps trop court avant d’être cachées.

Pourtant, il nous faut affirmer qu’il nous sera quasiment impossible de parvenir à un tel état d’éveil transcendant, sans avoir, d’abord et avant tout, corrigé nos défauts et affirmé notre identité morale.

Par conséquent, nous ne pouvons pas être de ceux qui ‘marchent avec Dieu’ et certainement pas de ceux qui ‘marchent Devant Dieu’. Il ne nous reste plus qu’à espérer de pouvoir «marcher derrière Dieu», poursuivre notre lutte, notre combat et retrouver ce jardin si doux où, en des temps immémoriaux, l’harmonie régnait.

L’entendement réunit les volontés de l’esprit et incite chaque «un» à agir concrètement. Redevenu propriétaire de cet esprit, il se consacre, inexorablement, à l’exercice de la sagesse. Descartes pensait à cela lorsqu’il écrivait: «c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie; et enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas».

Permettez-moi de vous laisser sur cette réflexion: Noé ne pensait qu’à vivre sa propre vie, Abraham, lui, vivait sa vie au sein de son ‘Humanité’.

Les Passions d’un Hebreu – Rony Akrich

conferencier – études juives et histoire

 

16 Réponses à « MARCHE A L’OMBRE » PAR RONY AKRICH

  1. Elie de Paris Répondre

    17 novembre 2016 a 14:07

    Yehoudi est déjà LLOOUUAAIINNnnnnn :mdr:
    Comme y dit
    Gini lassob…

  2. trublion Répondre

    17 novembre 2016 a 14:09

    les cathos au moyen âge, et l’izlam encore aujourd’hui, croient marcher devant leur dieu en massacrant à tour de bras.
    entre ce qu’on pense être et ce qu’on est, …

    • allex Répondre

      17 novembre 2016 a 21:47

      Trublion, ce sont les chrétiens qu’on extermine maintenant, autres temps autres moeurs, et qui est derrière ce génocide ? L »Islam évidemment ! 14 siècles d’exactions sans la moindre interruption !
      Désolé mais en tant que mixé judéo-chrétien, je sais identifier l’ennemi de mes 2 pôles !

      • Ruthy Répondre

        17 novembre 2016 a 22:23

        Allex, la vérité n’est pas toujours bonne à avaler, mais il n’y a aucune différence entre les chrétiens et les musulmans, en ce qui concerne la haine du juif. Tout 2 ont toujours aspiré à notre destruction. Ça a été vrai par le passé, et c’est encore vrai aujourd’hui.

        • Christiane Répondre

          17 novembre 2016 a 23:29

          Allex : même si c’est dur à encaisser, Ruthy et Trublion ont raison. Actuellement, c’est vrai que le monde chrétien (j’entends toutes les démocraties occidentales) n’ex£ter£mine plus les Juifs mais n’aspire qu’à une chose : la disparition d’Israël.

          • allex

            18 novembre 2016 a 14:02

            Eh bien non, je ne suis toujours pas d’accord !

      • trublion Répondre

        18 novembre 2016 a 00:27

        en fait allex, je m’adressais aux juifs bien de chez nous pour rappeler les propos de nos sages, de toujours douter de soi. personne ne peut prétendre être sûr de suivre Dieu ou le devancer. j’ai illustré mon propos par des humains qui croyait et qui croient suivre la voie de leur dieu tout en massacrant et tuant.

  3. Ruthy Répondre

    17 novembre 2016 a 18:17

    Trop lourd a digérer ce texte….

    • Yéhoudi Répondre

      17 novembre 2016 a 18:36

      tu es bien indulgente…..

      rarement lu un billet aussi étouffant

      sans doute texte original en chinois et traduit en hébreu par un linguiste Roumain, qui a chargé un Turc de le rédiger en Français…..

      alors forcément…..le résultat est bien a la hauteur…..abscons et con tout court …

      on dirait un de ces textes philosophico religieux rédigé par un de mes collègues Musulmans, Docteur en « sciences Islamiques » de l’ Université par hasard du Caire ….

      PS: qui est Machon Pouah !! il ne te donne pas envie de bouffer avec lui …

      • trump Répondre

        17 novembre 2016 a 18:50

        INSTITUT POUAH

        L’Institut Pouah, spécialisé dans la prestation de conseils, d’orientation et d’aide aux couples ayant des problèmes de gynécologie et d’infertilité, offre un service gratuit.

        L’institut emploie des mesures de précautions pour éviter toute erreur dans les hôpitaux et dans les laboratoires de fertilité, aussi bien en Israël qu’à l’étranger et ceci à un prix subventionné.

        L’institut possède un département de formation qui organise une série de cours, de séminaires, de visites, et de conférences données a des Rabanim, à des professionnels et à un très large public sur une grande variété de sujets.

        http://www.pouah.org.il/

  4. MK Répondre

    17 novembre 2016 a 19:05

    Intéressant ! A la lecture de ce texte, je me rends compte que je suis plus tendance Noé qu’Abraham. Et pourtant je descend d’Abraham, d’Itzhak et de Yakov puisque je suis Juive.
    Je ne pense pas non plus que la 3ème voix qu’il nous reste à suivre est celle de marcher derrière D.ieu, mais bien avec D.ieu en suivant ses préceptes.
    Il est dit que nous avons tous en nous (Juifs) une Etincelle de Moïché qui scintille en nous. Sans doute, mais pourquoi en tant que descendants de Noa, Abraham, Moïse, n’aurions-nous pas gardé un peu de chacun, l’un en plus grande quantité que l’autre suivant chaque individu ? Ce qui expliquerait notre vision propre et différente suivant chaque individu !

    • trublion Répondre

      17 novembre 2016 a 21:02

      toute les femmes ont une néchama issue directement du Divin.
      elles ont tout en elles déjà, pas besoin d’étudier la thora.
      pas besoin de références Noé Abraham ou Moïse.
      il leur suffit d’être elles mêmes, tout simplement.

      • Ruthy Répondre

        17 novembre 2016 a 22:05

        Oh que c’est joliment dit Trublion!

  5. Yéhoudi Répondre

    17 novembre 2016 a 20:59

    un article fouillé a ce sujet aurait été autrement plus intéressant

    שיפץ בחנות – ומצא עתיקות מהמאה ה-12
    פלסטיני תושב העיר העתיקה בירושלים גילה היכל עתיקות מהתקופה האיובית במהלך עבודות להרחבת חנותו. רשות העתיקות דורשת להפקיע את השטח לצורך חפירות הצלה. בעל החנות מתנגד: « זו מורשת איסלאמית »
    רועי ינובסקי ורועי קייספורסם: 17.11.16 , 17:3

    plutot que cet ……….. de mouches !! :mrgreen:

  6. Elie de Paris Répondre

    18 novembre 2016 a 16:42

    Curieuse lecture, chers amis.
    À me répéter, Avraham n’aurait pu être Avraham sans son père, en fuite devant Nimrod, et ce père Tera’h, doit ce qui lui a été enseigné à Eber, qui lui-même à Sem, qui Noë… jusqu’à Set, 3ème fils d’Adam engendré à son image…
    Betselem. Tselem, racine tsel, =ombre.
    Ainsi, Moïse doit tout à sa filiation, remontant à Levy, fils de Jacob, fils d’Yst’haq, etc…
    On ne peut pas s’identifier à un des maillons de la chaine, mais s’identifier à Toute la chaîne. Et chaque maillons a passé le relais jusqu’à Nous.Et depuis 5777 ans, Dieu aura pris un séquoia pour Se tailler Son cure-dents…
    …….
    Et marcher à l’Ombre ? ÊTRE une Ombre que Dieu aura projeté depuis Sa Lumiere.
    Et quel est l’objet que Dieu aura intercalé entre Lui et cette ombre que nous sommes ? La Torah…
    Vous n’avez pas idée du nombre des occurences dans le Tana’kh (la Bible) qui parlent de l’Homme comme d’une ombre… *
    «  »L’homme est comme un souffle, ses jours comme l’ombre qui passe. » »
    Et pourquoi faire ? Pour Lui ressembler.
    Quand à la Femme, elle est la « moitié », réelle, tiré d’ Adam qui ne doit faire avec elle qu’une seule chair. Comme au jour de la Conception de Adam le Premier, qui était « Mâle et Femelle » avant d’etre partagé.
    D’ou l’homme incomplet si célibataire….
    Une traduction nonjuive, mais bon.
    http://saintebible.com/psalms/144-4.htm

  7. Elie de Paris Répondre

    20 novembre 2016 a 12:33

    La vie de chacun de nous est taillée exactement à notre mesure.il ne sert a rien de convoiter le sort de l’autre.
    Petit cadeau à mes amis lecteurs, qui considereront toutes les implications de ce petit film. Car que savons-nous des plans du Metteur en Scène ?
    Le pouvoir de l’image demande peu de reflexion.

    http://www.torah-box.com/c8

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