L’ancien patron de la CIA et de la NSA: “l’accord placerait l’Iran à 12 mois de la bombe nucléaire” | JSSNews

L’ancien patron de la CIA et de la NSA: “l’accord placerait l’Iran à 12 mois de la bombe nucléaire”

Publié le : 6 juillet 2015

Général de l’armée de l’air, Michael Hayden a été au coeur du renseignement américain pendant les années Bush. Il a été le patron de l’agence de sécurité nationale américaine (NSA) de 1999 à 2005, vice-coordinateur du renseignement à la Direction du renseignement national (DNI) de 2005 à 2006, avant de présider aux destinées de l’Agence centrale de renseignement (CIA) de 2006 à 2009. Il est aujourd’hui hui consultant au sein du groupe privé Chertoff, qui travaille dans le monde de la sécurité industrielle.

Photo du Figaro du 06.07/15, page, 22.

Photo du Figaro du 06.07/15, page, 22.

Vous avez été à la barre de la NSA et de la CIA pendant une période tourmentée entre 1999 et 2009. Le monde actuel devient-il encore plus dangereux ?
Michael HAYDEN. – J’ai vu un monde plus dangereux pendant ma carrière militaire. La crise des missiles de Cuba, les armées américaines et soviétiques se faisant face à Check Point Charlie, nos forces nucléaires en alerte pendant la crise de 1973 au Moyen-Orient… Mais je n’ai jamais vu un monde plus compliqué qu’aujourd’hui, particulièrement au Moyen-Orient, dans des pays qui s’appelaient jadis l’Irak ou la Syrie. Nous avons l’État islamique et al-Qaida, les Kurdes, les sunnites, les chiites et les alaouites. Vous commencez à traiter le problème d’al-Qaida, mais aussitôt que vous progressez, tout le reste s’aggrave…

L’influence américaine est-elle en train de se diluer au Moyen-Orient ?
C’est très dur d’avoir une politique. Regardons la vérité en face : l’Irak n’existe plus, la Syrie non plus. Le Liban est presque défait, la Libye probablement aussi. Les accords Sykes- Picot, qui ont placé ces pays sur la carte à l’initiative des puissances européennes en 1916, n’ont jamais reflété les réalités du terrain. Et maintenant ces réalités se rappellent à notre souvenir d’une manière très violente. La région va rester en état d’instabilité pour les vingt, trente prochaines années. Je ne sais pas où nous allons. Mais je pense qu’une politique visant à ressusciter ces pays ne marchera pas.

L’Administration Obama continue pourtant d’essayer de maintenir un Irak uni…
C’est en effet la politique officielle de cette Administration. Et cela affecte nos décisions sur le fait de donner des armes aux Kurdes par exemple. Selon moi, les Kurdes sont nos meilleurs alliés dans la région. Quoi qu’il arrive, ils le resteront car leur intérêt dicte cette alliance avec l’Occident. Or, si nous nous privons d’options parce que nous pensons que nous pouvons ressusciter l’Irak ou la Syrie, nous allons aggraver le problème. Voyez-vous une armée irakienne en train de reprendre la province d’Anbar ? Pas moi ! Voyez-vous une armée irakienne capable de reprendre Mossoul ? Cela ne se produira pas. Et l’armée qui a repris Tikrit était la milice chiite, appuyée par des officiers iraniens. Quant à la Syrie, imaginez-vous un futur dans lequel elle pourrait être remise d’aplomb ? Il y a peut-être un siège syrien et irakien à l’ONU, mais ces pays ont disparu…

Peut-on imaginer un État irakien fédéral très décentralisé. Certains observateurs pensent que c’est la solution, car les pouvoirs régionaux comme l’Iran ou la Turquie n’accepteront jamais un Kurdistan indépendant… Qui en réalité pourrait soutenir ce projet en dehors des États-Unis ?
Le soutien américain, c’est beaucoup ! Je comprends l’opposition à l’éclatement… Mais si vous remontez dans l’histoire, vous voyez que l’Irak était partagée en trois vilayets (division administrative, NDLR) de l’empire ottoman, respectivement kurde, sunnite et chiite : les vilayets de Mossoul, de Bagdad et de Bassora. Ce que nous appelons l’Irak n’existait pas. Ces réalités séculaires comptent. Encore une fois : je ne pense pas que l’Irak et la Syrie vont ressurgir. Il faut chercher d’autres alternatives. C’est pour cela que je préconise d’armer directement les Kurdes.

Les Kurdes peuvent défendre le Kurdistan, mais pas détruire l’État islamique. Comment le combattre ?
D’abord, nous devons le frapper et l’affaiblir, car nous avons le droit de nous défendre ! Il faut utiliser la force aérienne, frapper la logistique, les quartiers généraux, les chefs. Deuxièmement, nous devons contenir son expansion car il est bien plus inquiétant de voir l’État islamique progresser vers le Sinaï que contrôler Raqqa. Nous devons protéger nos alliés, les Égyptiens, les Saoudiens, les Turcs, les Émirats… Troisièmement, nous devons aider les musulmans qui peuvent les combattre sur le plan théologique. Car la réalité est que cette bataille porte sur l’islam.

Que voulez-vous dire ?
Ce qui se passe est un combat en islam comparable à celui que la chrétienté a connu au XVIIe siècle, pendant la guerre de Trente Ans. Les historiens font remonter la modernité européenne au traité de Westphalie, moment où émerge une séparation de l’Église et de l’État. L’islam n’a pas fait ce compromis, et peut-être ne le fera-t-il jamais. Nous n’en savons rien. Mais nous nous portons tort en disant que cette bataille n’a rien à voir avec l’islam. Soyons précis : elle a tout à voir avec l’islam, même si elle ne concerne pas tout l’islam, ni tous les musulmans ! Nous devons aider les modérés.

Mais où est cette force modérée en islam ?
Elle existe à la marge. Aussi dur et mauvais soit-il dans sa gestion politique de son pays, le président égyptien al-Sissi représente une alternative. Il a fait un discours remarquable à l’université al-Azhar, appelant à une révolution en islam. C’est probablement la raison pour laquelle nous avons repris notre aide militaire au Caire.

L’absence d’alliés vraiment fiables chez les sunnites explique-t-elle que l’Administration Obama semble parier sur un rapprochement avec l’Iran, en cas d’accord sur le nucléaire ?
Vous devriez poser la question à notre gouvernement. Ma propre opinion est que l’année 1979 – à la fois pour al-Qaida (qui émerge alors en Afghanistan, NDLR) et pour l’Iran (où les mollahs prennent le pouvoir, NDLR) – consacre une approche idéologique qui fait du conflit avec l’Occident une donnée incontournable.

Mais l’Iran est un État aux intérêts nationaux de long terme, au-delà de l’idéologie… Kissinger s’est demandé un jour : l’Iran est-il un pays ou un projet ?
Je ne suis pas sûr que le régime iranien ait tranché là-dessus…

Cela veut-il dire que vous êtes inquiet de l’accord nucléaire qui pourrait être signé avec Téhéran ?
Je suis très inquiet. Même un bon accord légitime l’Iran comme un État industriel nucléaire, le plaçant à 12 mois de la construction d’une arme nucléaire. Il l’accueille dans la famille des nations en levant les sanctions sans que l’on sache si les Iraniens ont la moindre intention de changer leur politique hégémonique de déstabilisation de la région…

Parlons de l’Europe : les Américains comprennent-ils enfin que l’islam est devenu un problème existentiel pour les Européens, pas seulement un problème de terrorisme ?
Quand j’étais à la tête de la CIA, mes analystes planchaient sur des scénarios pour le futur de l’Europe. Je me souviens de deux scénarios extrêmes qu’ils avaient évoqués. L’un d’eux imaginait une Europe devenue une sorte de parc d’attractions, perdant son influence, mais agréable à visiter. Un autre scénario s’appelait Eurostan. Il visait à souligner les dangers d’une islamisation de l’Europe, problème que les Américains ont sous-estimé.

Êtes-vous inquiet de l’agressivité russe en Europe ?
Poutine se comporte avec aplomb mais il n’a pas de bonnes cartes dans son jeu. L’agressivité est un sérieux problème dans le court terme, mais pas dans le long terme, car la Russie est une puissance déclinante. Tous les vrais attributs de la puissance – une industrie prospère, des entrepreneurs, la démocratie, et même le gaz et le pétrole – sont au rouge. Les seuls instruments de la puissance russe remontent à l’époque soviétique : le veto à l’ONU, ce qui reste de la puissance militaire et nucléaire…

Des parlementaires russes ont été jusqu’à demander si la reconnaissance par la Russie en 1991 de l’indépendance des Pays baltes était légale… ?
Difficile de dire si une menace contre les Baltes est inévitable. Il y a quelque chose de pathétique dans ce regain d’agressivité russe sur les frontières de l’Otan, cette tentative de rejouer la grandeur passée. Mais je reconnais que l’opération militaire menée en Crimée a été très professionnelle. Ce qui veut dire que nous devons être très vigilants, surtout à court terme. Je voudrais voir une approche beaucoup plus musclée de l’Amérique sur l’Ukraine, pour empêcher Poutine de se laisser aller à faire quelque chose de stupide, en surestimant sa main. À notre place, j’armerais les Ukrainiens !

La Chine est-elle en train de devenir l’ennemi des États-Unis avec sa nouvelle politique en mer de Chine Sud, ou sur le front de la cyberguerre ?
La Chine n’est pas l’ennemi des États-Unis. La relation sera certainement compétitive, peut-être même conflictuelle. Je suis effectivement inquiet de l’activité militaire chinoise en mer de Chine et de leur cyberespionnage aux États-Unis. Mais vous devez savoir que les services de renseignements américains passent autant de temps à s’inquiéter des problèmes structurels de la Chine qu’à mesurer leur force. La démographie, la pollution, la répartition inégale de la richesse… Pour résumer les défis qui nous guettent, je dirais que le danger immédiat, c’est l’État islamique, qui est sérieux, mais pas vital pour l’Amérique. L’Iran et la question de la prolifération nucléaire représentent une menace plus sérieuse, mais nous avons encore un peu de temps. La menace la plus sérieuse, mais pour laquelle nous avons encore plus de temps, c’est la Chine. Ce n’est pas notre ennemi, mais c’est la question de la plus grande importance, pour le futur de la paix globale.

Propos recueillis par L. Mandeville – 
JSSNews

8 Réponses à L’ancien patron de la CIA et de la NSA: “l’accord placerait l’Iran à 12 mois de la bombe nucléaire”

  1. JEOUDA Répondre

    6 juillet 2015 a 11:28

    L’administration d’ Obama: pire ennemi du moyen orient !!!!!

  2. méfaresh01 Répondre

    6 juillet 2015 a 12:22

    Si l’on s’en tient aux populations et aux superficies, Israël est dans cette tourmente comme un frêle esquif dans la tempête……

    Mais tout vrai marin vous le dira : La construction du bateau et le talent de l’équipage peuvent tout changer……..

    Il reste à chacun de nous, nouvel arrivant ou Israëlien de toujours, à assumer ses responsabilités de citoyen et à se tenir à son poste……..

    Et n’oublions jamais que nous avons avec nous le Grand Météorologue qui dirige toutes les tempêtes comme IL le souhaite……

  3. Serge Belley Répondre

    6 juillet 2015 a 15:03

    méfaresh01

    Bien interprété, toujours intéressant de vous lire

    BRAVO ZULU

  4. victor1 Répondre

    6 juillet 2015 a 21:23

    Quand le statut quo n abouti à rien….il faut rebattre la cartes. C est ce qu’ils ont fait ces 25 dernières années avec l Irak.

  5. J-P Nantel Répondre

    7 juillet 2015 a 18:23

    Obama et ses prédécesseurs ont donné naissance au terrorisme et aux extrémistes de tout acabit en déstabilisant tous les régimes arabes du moyen-orient.
    Maintenant, il faut composer avec toute cette instabilité.
    Il est aussi en conflit avec la Chine et la Russie.
    Obama est même devenu un tyran dans son propre pays.
    Je ne sais pas qui, lui a accordé le prix Nobel de la paix, mais il est évident que, quelqu’un quelque part a commis une erreur!

  6. caterin Répondre

    7 juillet 2015 a 21:10

    Une ERREUR ??? Ha.!!!!!!!!!!

  7. victor 1 Répondre

    7 juillet 2015 a 21:38

    Les arabes vont avoir le choix entre…daesh et la Raison.

    Deja les Saoudiens veulent parler a israel. Qui l eut cru il y a 10 ans…

    Les jordaniens, les egyptiens…parlent de grands projets. ..

    Daesh le zombie est a l oeuvre. …
    Si ils mettent la main sur des armes cjimiques….l iran aura de très sérieux soucis. …

  8. Ruth Répondre

    12 septembre 2015 a 17:11

    Plus ça ira mal en Syrie en Irak àu Yémen en Libye …etc….plus les états arabes voisin d israel tous les sunites chercheront à se rapprocher d israel ……ne faudrait il pas a un moment clef revendiquer de leur part israel pays juif….ou alors il faudra les laisser en pâture aux iraniens qui comme en Syrie contribueront à tout casser ..leurs belles villes leurs beaux building…leurs belles infrastructures …ou laisser l amerique les défendre à la facon du dirigeant irakien El malicieux qui a quémandé durant 6 mois l aide des USA ..Obama pour toute réponse à dit je réfléchit il a tellem’t réfléchit que Daech est né ….et la suite on la vie en direct ….
    Les arabes producteurs de pétroles voient leurs reçettes fondre et il faudrait qu israel joue fin

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